Borscht ukrainien

Avec le 24 août qui approche, alors que l’Ukraine célébrera sa fête nationale, ou sa fête de l’indépendance, j’ai pensé vous offrir un bon borscht traditionnel, préparé avec les connaissances que j’ai et en tout respect pour leurs traditions. Chaque famille ukrainienne à sa propre recette et ce que je vous offre est ce qui fait le plus consensus dans toutes le versions dénichées.

 
 

Il est impossible de cuisiner ce grand classique sans penser à la résilience de tout un peuple. Dans le contexte difficile qu’ils traversent actuellement, préparer une recette ukrainienne devient une manière humble mais sincère de leur témoigner notre soutien, un geste simple de solidarité afin de saluer ce peuple résiliant et courageux, leur culture et de garder vivante la chaleur de leurs traditions.

Parlant de traditions, le borscht est probablement le plat ukrainien le plus chargé d’histoire et d’émotion. On l’associe souvent à tort à la Russie, alors que le borscht est avant tout un plat emblématique de la cuisine ukrainienne. Et dans ce contexte tendu entre les deux nations, redonnons leur au moins ce qu’il leur revient. Ce potage rouge profond, à base de betteraves, de chou et de viande, traverse les générations en Ukraine, où chaque famille possède sa propre version, plus ou moins aigre, plus ou moins riche. Aujourd’hui, on redonne sa place à cette recette traditionnelle, simple et généreuse, qui raconte bien plus qu’un simple bol de soupe aux légumes.

__ ORIGINES ET HISTORIQUE

Le borscht n’a pas toujours été cette soupe rouge que l’on connaît. À l’origine, il s’agissait d’une préparation aigre faite à partir d’une plante sauvage, la berce, que l’on faisait fermenter. Ce plat simple était déjà préparé il y a plus d’un millénaire sur le territoire de l’actuelle Ukraine.

La betterave n’est arrivée que plusieurs siècles plus tard. C’est en Ukraine que la version rouge, plus riche et plus colorée, s’est véritablement développée et imposée. Au fil des siècles, le borscht voyage. Il traverse les frontières de l’Empire russe, s’adapte aux goûts locaux (avec ou sans viande, chaud ou froid, plus ou moins aigre) et devient un plat partagé par de nombreuses cultures d’Europe de l’Est, ce qui explique pourquoi on l’associe encore souvent, à tort, à la Russie.

En 2022, l’UNESCO a officiellement reconnu la culture de la préparation du borscht ukrainien comme patrimoine culturel immatériel de l’humanité, en soulignant l’urgence de le protéger dans le contexte de la guerre.

Préparer un borscht, c’est entrer dans une tradition qui a traversé les générations : un bouillon riche maison, des légumes mijotés et cette couleur rubis qui réchauffe autant les yeux que le cœur. Aujourd’hui, alors que l’Ukraine continue de défendre son identité et sa liberté, cuisiner ce classique devient aussi une manière de reconnaître ses racines et d’honorer la culture qui l’a vu naître.

Slava Ukraini !

BORSCHT UKRAINIEN

__ INGRÉDIENTS

3L (12 tasses) de bouillon de bœuf maison (voir recette plus bas) ou du commerce

viande de bœuf (voir notes)

1 quartier de chou blanc ou vert, émincé

2 feuilles de laurier

3 c. à soupe de beurre

1 gros oignon, émincé

2 grosses carottes, en dés ou en juliennes

3 gousses d’ail, finement hachées

½ tasse de betteraves marinées du commerce avec la marinade, hachées

3 c. à soupe de pâte de tomate

3 betteraves fraîches, pelées et coupées en dés ou en juliennes

fanes de betterave et/ou une bonne poignée de feuilles d’oseille sanguine, émincées (facultatif)

3 pommes de terre blanches, pelées et coupées en cubes

sel et poivre

¼ tasse d’aneth frais ciselé + quelques pincées pour le service

crème sure et pain de seigle pour le service

fleurs de capucines ou autres fleurs comestibles (facultatif)

__ PRÉPARATION

Préparer d’abord la coupe de tous les légumes et les placer à disposition. Faire ensuite chauffer le bouillon dans un grand faitout et porter à ébullition. Si vous utilisez de la viande de bœuf crue, c’est à cette étape qu’il faut aussi l’ajouter au bouillon. Ajouter le chou émincé et les feuilles de laurier et laisser mijoter doucement 10 minutes.

Pendant ce temps, chauffer un grand poêlon avec le beurre et faire suer les oignons avec les carottes et saler légèrement. Laisser cuire 5 minutes et ajouter l’ail, les betteraves marinées hachées avec un bon trait du liquide de marinade ainsi que la pâte de tomate. Laisser cuire encore 2-3 minutes à feu moyen. Si le liquide s’évapore trop, fermer le feu. Les légumes doivent être encore légèrement al dente.

De retour à la soupe. Ajouter les cubes de pomme de terre et la totalité du mélange d’oignons et de carottes. Ajouter ensuite la betterave crue et les fanes émincées (si utilisées). Laisser cuire le tout encore quelques minutes jusqu’à ce que la betterave et les pommes de terre soient cuits. Vers la fin de la cuisson, assaisonner la soupe de sel et de poivre et ajouter l’aneth ciselé.

Servir le borsht dans des grands bols et garnir d’une généreuse touche de crème sure, de poivre et de plus d’aneth. Décorer d’une fleur comestible si désiré. Accompagner de pain de seigle.

8 portions

Photos et recette : Jonathan Michaud / Recette : inspirations diverses

__ NOTES

Pour le bouillon et la viande : La recette de cette soupe à été élaborée à partir d’un bouillon de bœuf maison faite avec des os encore bien «viandeux» desquels cette viande fut récupérée pour ajouter de la protéine au borscht. Les Ukrainiens mettent souvent du bœuf ou du porc. Pour ma recette de bouillon de bœuf parfaite pour cette soupe, défilez un peu plus bas sur cette page.

Pour sauver du temps, il n’est pas interdit de prendre un bouillon de bœuf du commerce. Assurez-vous qu’il soit faible en sodium. Vous pouvez ajouter aussi quelques cubes de bœuf à mijoter que vous aurez coupé en plus petits morceaux. Ajoutez-les directement dans le bouillon pendent qu’il réchauffe.

Pour accompagner le borscht, les ukrainiens vont tout simplement le servir avec une bonne touche de crème sure et d’aneth ainsi que du pain de seigle sur lequel on y étend traditionnellement une généreuse couche… de lard ! Libre à vous d’en faire autant !

__ SUGGESTION

Voici ma recette de bouillon de bœuf qui vous donnera la quantité parfaite pour la recette de borscht ukrainien. Je recommande de faire cette étape la veille pour ne pas y mettre la journée entière ou d’en faire des réserves pour plus tard. Une fois le bouillon refroidi, il sera plus facile à dégraisser. Il est important de ne pas le saler pour vous permettre une plus grande flexibilité.

 
 

BOUILLON DE BŒUF DE BASE

__ INGRÉDIENTS

3.5 à 4 kg d’os de bœuf avec un peu de viande (voir note)

2 grosses carottes en tronçons

3-4 branches de céleri

2 oignons

1 tête d’ail

parures de persil

3 feuilles de laurier + 1 c. à soupe de grains de poivre noir

3.5L d’eau

__ PRÉPARATION

Préchauffer le four à 425°F et préparer une grande plaque chemisée de papier d’aluminium. Couper grossièrement les oignons, les carottes et le céleri. Étaler les os de bœuf et ajouter les légumes coupés. Enfourner et laisser colorer les os environ 25 minutes. Terminer sous le gril (broil) 2-3 minutes en surveillant pour bien faire caraméliser.

Sortir la plaque du four et transférer son contenu dans une grande marmite. Couvrir d’eau froide jusqu’à ce que les os soient tout juste submergés. Mettre à chauffer et porter à un léger frémissement. L’eau ne doit jamais bouillir et il ne faut jamais brasser les ingrédients pour ne pas troubler le bouillon. Lorsque la température est atteinte, ajouter délicatement les gousses d’ail écrasées et les aromates restants comme les herbes, les grains de poivre et les feuilles de laurier. Laisser mijoter le tout à feu doux pendant 3 heures. Écumer la surface du bouillon à quelques reprises pendant ce processus. Ajuster le feu au besoin si le bouillon frémit trop.

Filtrer par la suite le bouillon à travers une passoire étamine. Laisser refroidir et dégraisser (voir notes). Le bouillon peut être utilisé tel quel à cette étape ou être transférer dans des pots ou des sacs de congélation pour le stockage.

Récupérer délicatement la viandes des os pour l’utiliser dans les soupes.

Rendement : ± 3 L (suffisant pour la recette de borscht)

Photos et recette : Jonathan Michaud

__ NOTE

Pour les os dans ce cas-ci, il est préférable d’y aller avec des os qui sont bien «viandeux» étant donné que cette viande sera récupérée par la suite pour être ajoutée à la soupe. Des tranches de queue de bœuf ainsi que des côtes détaillées individuellement sont le meilleur choix. Pour une version plus économique, vous pouvez prendre aussi des côtes de porc. Pour ma part, j’ai utilisé principalement des côtes de bœuf et j’ai ajouté quelques côtes de porc pour arrivé au poids prescrit par la recette.

Pour dégraisser le bouillon facilement si vous n’avez pas de tasse prévue à cet effet, préparez-le la veille et vous le laisser refroidir complètement au frais. Le gras se solidifiera en surface et il sera facile à enlever. Sinon, dans un rush, placez le bouillon dans un grand bol et ajoutez une grande quantité de glaçons d’un coup et laisser agir quelques minutes. Le gras refroidira et se collera aux glaçons et vous pourrez ensuite les repêcher avec une grande cuillère trouée. C’est légèrement moins efficace que de faire le bouillon la veille, mais ça dépanne.